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De même qu’il n’y a qu’un seul Sauveur, il n’y a qu’un
seul Médiateur entre le Père et les hommes: Jésus Christ. « - Je suis la
Voie, la Vérité et la Vie. Celui qui croit en moi, même s’il meure, vivra… »
Pourtant, la vierge Marie, sa mère, est, elle aussi, souvent appelée «
médiatrice ». Est-ce à juste titre ? Et comment est-ce possible s’il n’y a qu’un
seul Médiateur ?
En fait, la médiation de Marie, à la différence de celle de son Fils, n’est pas
nécessaire…
Dans un précédent article (Souffrance et sacrifice), je me
suis attaché à montrer la différence qui existe entre la souffrance comme telle
et ce que le chrétien appelle le « sacrifice ».
Nous avons vu que, loin d’être synonyme de « souffrance », le sacrifice était,
en fait, le « pire ennemi » de cette dernière.
En effet, d’un point de vue chrétien, « sacrifice » est beaucoup plus synonyme
de « don de soi par amour ».
En fait, dans le sacrifice, c’est l’amour qui assume et dépasse la souffrance,
le « désir du bien » qui nous aide à « supporter le mal ».
C’est là une belle définition, me direz-vous, mais comme elle est difficile à
mettre en pratique !
A qui le dites-vous ! Comme je vous comprends !!!
Si la Croix du Christ avait été facile à porter, cela se serait su ! …
Il est même certaines souffrances qui sont si intolérables qu’il n’est plus
possible de réfléchir, de parler, et encore moins d’éprouver de la tendresse
et/ou de la compassion.
Imaginons une maîtresse de maison qui sort son plat du four pour l’apporter à
ses convives. Elle est tellement pressée qu’elle en oublie de mettre les gants
pour l’attraper. Que va-t-il se passer lorsqu’elle l’aura saisi ? Elle va
aussitôt le lâcher parce qu’elle se sera brûlée. Et tant pis pour les convives…
Rares sont les personnes qui, si elles existent, décident de se laisser brûler
pour faire parvenir leur plat à destination parce qu’elles ont souci de leurs
invités !
Et pourtant c’est un sacrifice similaire dans son principe que le Christ a
offert pour nous.
Similaire dans son principe seulement, car la souffrance n’était pas comparable.
Qu’est-ce qu’une simple brûlure à côté du fait de se faire flageller jusqu’au
sang, de porter une croix beaucoup plus lourde que soi, et de s’y faire clouer
vivant par la suite ? Sans compter les injures, moqueries et crachats…
Qui aurait pu souffrir ce que le Christ a souffert ? Personne !
« - Et je pleurais beaucoup, parce que personne n’avait été trouvé digne
d’ouvrir le Livre et d’en regarder le texte. Mais l’un des Anciens me dit : - Ne
pleure pas. Voilà qu’il a remporté la victoire, le lion de la tribu de Juda, le
descendant de David : il ouvrira le Livre aux sept sceaux. » (Ap. V, 4-5).
Seul le Christ était capable de prendre sur lui toute cette souffrance par amour
pour nous et pour notre salut ! Et il a fait bien plus que cela…
Cloué vivant du haut de cette croix si lourde qu’il avait portée, il a intercédé
pour ses bourreaux :
« - Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font… » Malgré sa
souffrance inexprimable, le Christ a continué à éprouver de la compassion. De la
compassion pour ceux-là mêmes qui le faisaient souffrir ! …
Et l’un des derniers gestes, l’une des dernières paroles de Jésus en croix a été
de donner Marie sa mère à Jean ce « disciple qu’il aimait » …
En donnant sa mère à Jean, c’est à nous tous qu’il la donnait. C’est ce qu’a
conclu l’Eglise lorsqu’elle a proclamé Marie Mère de l’Eglise.
Broyé par la douleur, le Christ a encore été capable d’accomplir ce geste
hautement symbolique…
Hautement symbolique et empreint d’amour et de Miséricorde. Montrant, en cela,
l’amour incommensurable qu’il nous porte et par lequel il s’est offert. Amour
capable de supporter une souffrance si forte…
Pour nous montrer la supériorité de son Amour et de sa Miséricorde, le Christ
nous a donné sa Mère…
Il nous l’a donnée pour qu’elle intercède pour nous. Elle, la seule créature qui
n’ait jamais péché.
La seule créature qui ait vraiment intercédé auprès de son Fils de son vivant,
comme aux noces de Cana (Jn. Chapitre II) : « - Ils n’ont plus de vin ! » Que
voilà bien la préoccupation d’une mère qui compatit pour ses tout petits ! Dans
l’absolu, ils n’avaient pas besoin de boire plus… Cela n’aurait rien apporté à
leur salut. D’où la réaction juste du Christ : « - Mon heure n’est pas encore
venue ! » Oui mais voilà. Marie connait déjà bien le cœur de son Fils. Et pour
attirer sa Miséricorde, elle s’adresse aux serviteurs : « - Faites tout ce qu’Il
vous dira ! » Elle sait très bien que Jésus ne peut rien refuser à ceux qui lui
obéissent… Qu’a fait Marie, d’après vous ? N’est-ce pas cela une « médiation » ?
Il y a un lien entre l’épisode des noces de Cana et le don de Marie à la Croix…
La surabondance !
Or, la surabondance n’est plus de l’ordre du « nécessaire ». Et pourtant, la
surabondance dans l’ordre de l’amour, c’est la miséricorde !
Il y a un lien très étroit qui unit une mère à son fils. Un amour si
particulier. Et d’autant plus lorsque cette mère est « la seule créature qui
n’ait jamais péché » et que son Fils, « engendré, non pas créé », est aussi le
Fils de Dieu ! …
Cet amour que le curé d’Ars avait si bien saisit lorsqu’il disait :
« - Si nous voulons demander quelque chose au roi, passons par la reine, nous
sommes certains d’être exaucés ! »
N’oublions pas que Marie, choisie de toute éternité par Dieu, est aussi la «
première adoratrice du genre humain » ! … Elle est la première à avoir reçu en
elle le Corps du Christ pour l’amener à la vie !
Marie porte en son cœur un Mystère… Un Mystère fait d’amour et d’abnégation.
D’abnégation jusqu’à recevoir en son cœur ce « glaive de douleur » prophétisé
par le vieillard Siméon, au moment où, sous ses propre yeux, son Fils fut
crucifié et transpercé. Ce glaive de douleur que l’on devine toujours présent
lorsqu’elle reçoit, dans ses bras de mère, le corps sans vie de son enfant…
Glaive de douleur qui devait être toujours présent pendant les trois jours où
Jésus resta au sépulcre. Et malgré tout cela, elle a gardé confiance…
Le Mystère de Marie est un Mystère caché. Marie n’a jamais « fait de vagues ».
Les évangiles parlent très peu d’elle. On parle des « Actes des apôtres », pas
des actes de Marie. Marie est restée « la petite Marie », cachée, effacée.
Oh, sûrement, les apôtres ont dû souvent la consulter. Vous pensez : la « mère
du Maître » ! Mais il n’en est jamais fait mention. Marie est vraiment restée
cachée. Sans doute par choix. Sûrement par humilité !
Marie se donne à Dieu, corps et âme, elle accepte, fait confiance, cours aider
sa cousine Elisabeth, intercède pour les convives à Cana en Galilée. Marie ne
comprend pas toujours tout, mais elle aime, fait confiance et garde toutes ces
choses dans son cœur.
Cet amour confiant et humble va atteindre toute sa plénitude à la Croix et après
l’expiration de son Fils, lorsqu’en elle-même, dans son cœur, elle va recevoir
ce « glaive de douleurs » et que, malgré tout, elle garde l’Espérance. Son amour
et sa Foi sont plus fort que la douleur. Tout comme son Fils, elle assume,
dépasse, surpasse l’épreuve malgré la douleur insupportable…
Dans le Christ, l’humanité a obéit jusqu’au bout, faisant de lui « l’Homme
nouveau », le « nouvel Adam ».
Soutenue par les grâces héritées de son Fils, soutenue également par la Grâce de
Dieu, et par sa Foi si aimante, Marie a obéit, elle aussi, jusqu’au bout,
faisant d’elle « la Femme nouvelle », la nouvelle Eve ».
Poussée par cet amour si fort et si particulier qui la lie à son Fils, elle l’a
suivi jusqu’au calvaire, jusqu’au sépulcre. Elle a vécu en son cœur et en son
âme toutes les souffrances du Corps de son Fils…
Elle, pauvre créature, elle n’est pas son Fils, pleinement homme et pleinement
Dieu. Elle n’est pas son Fils, mais elle a calqué son attitude sur la sienne…
Par son effacement, son acceptation (son « Fiat »), sa charité, sa Foi aimante,
son Espérance indéfectible, même dans la plus forte des épreuves, par son
humilité toute spécifique et par cet amour si fort qu’elle porte à son Fils,
Marie, la petite Marie de Nazareth, Marie est devenue la « Reine des créatures
».
Parlant du Christ, l’Evangile dit « abaissé juste au-dessous des anges, reconnu
homme à son aspect ».
Eh bien, par ses mérites, Marie a été élevée par Dieu « juste au-dessus des
anges » ! …
Dans l’une de ses lettres, Saint Paul affirme : « - Pour qu’Il croisse, il faut
que je diminue. » Eh bien, de son vivant, Marie a tant « diminué », qu’en elle
son Fils a pris « toute la place »…
Sa royauté, elle la tient de son Fils. Sa « médiation » aussi ! La médiation de
Marie ne lui appartient pas. C’est celle de son Fils qui se participe en elle…
Elle reflète son Fils comme la mer reflète le ciel… Marie n'est que le « miroir
» de son Fils, mais cela suffit à lui donner toute sa dignité.
Oui, Jésus aurait parfaitement pu nous sauver sans nous donner Marie. Mais par
un amour totalement gratuit, non nécessaire, par Miséricorde, Il nous a, en
plus, donné sa Mère…
A Cana, Marie nous a révélé la Miséricorde de son Fils. A la Croix, par cette
même Miséricorde, Jésus nous révèle sa Mère !
Sa Mère toute effacée. Ou plutôt qui s’efface dès qu’on la prie pour nous
montrer son Fils :
« - Faites tout ce qu’Il vous dira ! »
Il y a là, entre les deux, un amour réciproque d’une puissance phénoménale. Si
doux, si fort, si tendre et si pur à la fois…
Ne dit-on pas qu’un enfant a besoin, à la fois de l’amour de son père et de
l’amour de sa mère ?
Eh bien, souvenons-nous que nous sommes, à la fois, enfants de Dieu et enfants
de Marie. Alors, comme notre ancien pape Jean-Paul II, nous pourrons dire, nous
aussi à Marie : « - Totus tuus ! » (Je suis tout à toi !) Alors, comme
d’habitude, Marie prendra délicatement et tendrement notre offrande et viendra
l’enfouir au plus profond du Cœur de son Fils…
JMT |