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Le chrétien qui est un être humain comme tout un chacun, doit
haïr et rejeter la souffrance sous toutes ses formes car elle est le
fruit du mal, et, en cela, un mal elle-même. Toute personne qui souffre,
quelle que soit sa souffrance n’a-t-elle pas envie de dire, voir de crier :
« -J’ai mal ! » ?
Et ce « mal » est, la plupart du temps, engendré par une « blessure »,
une « coupure » au sein d’une unité première, quel que soit le
plan de la réalité dans lequel cette blessure se réalise...
C’est le cas de la blessure physique à travers laquelle le
sang s’écoule ou qui crée des ecchymoses. Cela « fait mal », et cette
souffrance vient du changement occasionné par la « brisure » au sein de
l’état initial (avant, je n’avais pas mal !)
C’est aussi le cas de la blessure morale occasionnée par la séparation, voir la
perte d’un être cher. Il y a également « coupure », « brisure » au sein
de l’unité première, de l’union qui nous liait à la personne aimée.
N’ayons donc pas peur de rejeter cette tendance qui a l’air
de persister au sein de l’Eglise à vouloir aimer la souffrance.
D’où qu’elle vienne, cette dernière représente un « mal » dans l’ordre de
la nature, et, par là même, de la Création.
D’autre part, toute personne extérieure à l’Eglise risque, devant une telle
attitude, de considérer la religion catholique comme une religion fondée sur le
« masochisme », alors que c’est tout l’inverse ! Ce serait alors un
« contre témoignage ».
Cependant, si le chrétien doit rejeter la
« souffrance », il doit par contre aimer le « sacrifice ».
Car les deux termes n’ont absolument pas la même signification !
« Sacrifice » n’a jamais été synonyme de « souffrance », même s’il
fait indirectement référence à cette dernière. Car il y a là une nouvelle notion
qui entre en compte ; la notion d’« offrande ».
Depuis la nuit des temps, toutes les traditions religieuses ont présenté le
sacrifice comme une « offrande sainte » faite aux dieux. (On tuait un
animal, on aspergeait l’assistance avec son sang, symbole de vie, et on le
brûlait en offrande)
Les anciens pensaient se sanctifier par ce sacrifice, en tuant et offrant un
animal innocent.
Depuis la mort du Christ en Croix, une troisième notion est
allée s’ajouter au terme de sacrifice, une notion qui lui donne toute sa
signification en le justifiant par la même occasion : la notion
« d’amour », et donc de réciprocité !
Ce n’est plus l’homme qui offre un être vivant innocent qui lui est extérieur
afin de se sanctifier lui-même ; c’est l’agneau innocent qui s’offre
lui-même pour sanctifier l’homme, parce qu’il l’aime !
Pour le chrétien, « sacrifice » est devenu « offrande de
sois, par amour, pour les autres ».
« -Aimez-vous les uns, les autres comme je vous ai aimé ! » a dit le
Christ.
Voilà donc les raisons pour lesquelles le chrétien doit aimer
le « sacrifice » :
- Par son Sacrifice de la Croix, le Christ a fait du sacrifice un
moyen de Rédemption.
- En offrant nos souffrances et notre vie entière au Christ, nous
apportons notre maigre contribution à son Sacrifice Perpétuel (Il l’a
offert pour nous. Pouvons-nous faire autrement que le lui rendre ?)
- Si nous offrons nos souffrances au Christ pour les autres, nous l’aidons
à alléger le fardeau de ceux qui n’en peuvent plus.
Vu sous cet angle et transcendé par l’Amour, le sacrifice est non
seulement différent de la souffrance, mais il devient son
« ennemi juré » !
C’est pourquoi, dans notre société actuelle où les valeurs
éthiques et morales ont tendance à disparaître au profit d’une banale « loi
du plus fort » ou « loi du plus efficace ». Où la recherche de son
propre plaisir passe avant toute chose (en voulant détrôner tous les
« tabous », elle devient elle-même un tabou in détrônable).
Dans cette société actuelle où « l’homme lambda » refuse de faire le
moindre effort pour aider son prochain dans la peur de se léser lui-même.
Dans cette société où certains n’hésitent plus à user (toujours au nom de
l’efficacité) de ruses ou de « méthodes » machiavéliques pour
manipuler les autres, revenant, en cela, à l’ancien sacrifice (je
sacrifie l’autre pour me grandir !)
Dans cette société, il est plus qu’urgent de réintroduire la notion du
sacrifice chrétien (je me sacrifie pour grandir l’autre, pour le
sauver !)
Le Christ n’a-t-il pas dit : « - Le plus grand
d’entre-vous sera votre serviteur » ? Qu’attendons-nous ?
JMT |